History of Logic from Aristotle to Gödel (www.historyoflogic.com)

by Raul Corazzon | e-mail: rc@ontology.co

Bibliographie sur le grammarien-philosophe Indien Bhartrhari

Contents

Bibliographie (Études en Français)

  1. Bansat-Boudon, Lyne. 2011. "Une lecture Śaiva de Bhartṛhari. Enquete sur une citation corrompue de l' Abhinavabhāratī ." Indologica Taurinensia no. 37:37-74.

    "La question de savoir si la Vṛtti , le commentaire le plus ancien du Vākyapadīya , est l' oeuvre de Bhartṛhari ou celle de Harivṛṣabha a été longuement et anciennement débattue. Pour une grande partie de la tradition indienne, il est incontestable que Bhartṛhari est l'unique auteur du Vākyapadīya et de sa Vṛtt i. Telle est, en tout cas, nous le verrons, la position d' Abhinavagupta (et, sans doute, d'Utpaladeva), et c'est ce qui justifie le titre du présent article.

    Donnée deux fois, dans deux de ses gloses, par Abhinavagupta, la strophe, retrouvée dans la Vrtti , que j'examine ici, est explicitement attribuée à Bhartṛhari dans l'une au moins de ses occurrences, à savoir la Vivṛtivimarśinī. En sorte que l'interprétation inédite qu'en propose, à cet endroit, Abhinavagupta constitue bien une «lecture śaiva de Bhartṛhari»." (p. 38)

  2. Biardeau, Madeleine. 1964. Théorie de la connaissance et philosophie de la parole dans le brahmanisme classique . La Haye: Mouton.

    Table des matières: Avant-propos 9; Introduction 11:

    Première partie: Théorie de la connaissance et probèmes du langage avant Bhartṛhari

    I. Le Mahābhāsya 31; II. Perception et Parole : connaissance du visible et de l'invisible 65; III. Théorie du langage 153;

    Seconde partie: La philosophie de la grammaire : Bhartṛhari

    Introduction : Bhartṛhari 251; I. L'Etre et les êtres 263; II. La connaissance vraie 311; III. Théorie du langage 357;

    Conclusion 443; Bibliographie 453; Index des termes sanskrits 465; Index des noms propres 472; Répertoire des textes cités 476-481.

    "En gros, les spéculations brahmaniques sur la connaissance se distribueront selon les deux directions ainsi indiquées par la Mïmāmsā et le Nyāya. Cependant, elles seront aussi partiellement influencées par une troisième doctrine qu'elles rejetteront pour l'essentiel et qui, elle aussi, se trouve liée à une discipline particulière : la grammaire.

    Il s'agit cette fois, non plus d'une école proprement dite, quoique ce soit la tradition grammaticale issue de Pānini qui en fournisse l'occasion, mais d'une oeuvre attribuée à un auteur plus individualisé : Bhartṛhari.

    (...)

    Son Vākyapadīya n'a pas fait école, quoiqu'il ait été utilisé de maintes façons, et la moindre raison n'en est pas, sans doute, le fait qu'il a bouleversé la problématique de la Mïmāmsā et du Nyāya. La grammaire est une des « sciences annexes » - anga - du Veda, considérée comme nécessaire à l'exacte transmission du texte dans sa matérialité.

    Les grammairiens n'ont cependant pas attendu Bhartṛhari pour soulever les problèmes philosophiques liés au langage. Au contraire, ce dernier est placé devant un riche faisceau de spéculations traditionnelles, acceptées par le monde orthodoxe, et qu'il intègre à sa propre réflexion. Pourquoi la Grammaire de Bhartṛhari n'a-t-elle pas été finalement retenue au nombre des darśana, des « points de vue » sur la vérité considérés comme orthodoxes ? C'est une question à laquelle il faudra essayer de répondre." (pp. 24-25, une note omise)

  3. Bronkhorst, Johannes. 1988. "Études sur Bhartṛhari, 1: L'auteur et la date de la Vṛtti." Bulletin d'Études Indiennes no. 6:105-143.

    Summary: "The article takes up anew the question of the authorship of the Vṛtti on the first two kāṇḍas of the Vākyapadīya. Section 1 reviews the most important relevant passages from classical Sanskrit authors; they are unanimous in ascribing the Vṛtti to the author of the Vākyapadīya. Section 2 shows that there are, on the other hand, very strong internal arguments to show that the Vṛtti and the Vākyapadīya had different authors; the most important of these arguments have not yet been brought forward, or evaluated properly in the literature on this question. Section 3 then deals with the question of the weight which must be given to the unanimity of tradition, and to the other arguments that have been used to prove identity of authorship. Most of these can be shown to be without value, because they can be explained by a stylistic feature of many commentaries from that period which have not been taken into account or even noticed previously. Only one important argument remains at this point, the argument according to which some verses of the Vākyapadīya are incomplete without words added by the Vṛtti; this argument too loses its value once it is seen that these verses remain incomplete even after the words from the Vṛtti have been added. The conclusion is drawn that the Vṛtti and the Vākyapadīya have different authors. Section 4 deals with the text-critical question of how to distinguish verses belonging to the Vākyapadīya from verses cited in the Vṛtti from elsewhere. Section 5 addresses the question of whether the author of the Vākyapadīya or the author of the Vṛtti, if either, wrote the Mahābhāṣya Dīpikā. Some arguments support the view that it was the former. Section 6 reviews some early quotations from the Vṛtti, which indicate that this commentary may be old, even perhaps older than Dignāga."

  4. ———. 1992. "Études sur Bhartṛhari, 4: L'absolu dans le Vākyapadiya et son lien avec le Madhyamaka." Asiatische Studien = Études Asiatiques no. 46:56-80.

    "Pour la compréhension de la philosophie de Bhartṛhari telle qu’elle apparaît dans son Vākyapadīya, le concept du Brahman, c’est-à-dire de l’absolu, joue un rôle central.

    Bhartṛhari l’introduit au début même de son ouvrage, et cela indique déjà qu’il serait incorrect d’ignorer cet aspect de sa pensée.

    La strophe initiale du Vākyapadīya décrit le Brahman comme étant śabdatattvam .

    L’ambiguïté de ce composé permet deux interprétations tout à fait différentes; toutes les deux ont été acceptées par des chercheurs différents." (p. 56)

    (...)

    "On voit que les deux interprétations du Brahman de Bhartṛhari proposées par la recherche récente ne conviennent pas. La question se pose donc de nouveau: quel était le concept du Brahman de Bhartṛhari?

    Il existe une troisième conception du Brahman qui pourtant, pour autant que je sache, n’a jamais été mentionnée dans le contexte de Bhartṛhari. C’est celle de la totalité de tout ce qui existe, conception qui se trouve dans certaines upaniṣad, et ailleurs, comme par exemple dans la Bhagavad Gitā (où elle porte, naturellement, sur Vāsudeva: 7.19; 11.40). Est-il possible que Bhartṛhari accepte ce concept du Brahman?

    Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’étudier d’abord le concept du tout trouvé dans le Vākyapadīya. Pour Bhartṛhari le tout est réel, tandis que ses parties ne le sont pas." (p. 59)

    (...)

    "Pourquoi Bhartṛhari a-t-il élaboré une telle conception du monde? L’idée du Brahman comme totalité existait déjà avant lui, bien sûr. Mais Bhartṛhari n’a pas simplement emprunté cette idée aux textes antérieurs. Il l’a développée, encadrée dans une vision extraordinaire, vision qui attribue une réalité supérieure à chaque totalité, en comparaison avec ses parties.

    Notons d’abord la ressemblance de cette vision avec une autre, cependant opposée à celle-ci. Selon la position adoptée par une grande partie des bouddhistes indiens, aucune totalité n’existe vraiment. Voici l’autre extrême, presque aussi radical que celui de Bhartṛhari. On ne peut guère s’imaginer que les deux extrêmes sont indépendants l’un de l’autre, et il semble donc tout à fait plausible que la position de Bhartṛhari soit une réaction contre celle des bouddhistes.

    Il est vrai que Bhartṛhari n’admet nulle part qu’il ait subi l’influence du bouddhisme. Par contre, il se réfère à sa propre tradition, où il essaie de prouver la justesse de sa position par argumentation. La nature de son argumentation nous ramène pourtant au domaine du bouddhisme.

    La position de Bhartṛhari n’est pas seulement un extrême opposé à celui des bouddhistes, elle est aussi une défense contre l’attaque lancée par les bouddhistes de l’école Madhyamaka contre tout point de vue possible." (pp. 63-64, note omises)

  5. Candiotti, Maria Pia. 1997. "Lieux de réflexion métathéorique : Le langage de la science chez Bhartṛhari." Asiatische Studien = Études Asiatiques no. 51:1087-1094.

    "Les données textuelles des pages qui suivent font partie d'un corpus qui a été recueilli en vue d'un travail consacré au concept de langage scientifique dans l'œuvre de Bhartṛhari (B). But de cette brève exposition est d'essayer une première systématisation du matériel, afin d'en déceler des lignes de foi, utiles pour l'interprétation d'un sujet qui a, jusqu'ici, reçu peu d'attention dans la littérature secondaire."

  6. ———. 2006. Interprétations du discours métalinguistique. La fortune du sütra A 1 1 68 chez Patañjali et Bhartṛhari . Firenze: Firenze Univesity Press.

    "Comme il est aisé de le voir, l’ouvrage se structure nettement en trois parties qui sont indépendantes mais fonctionnelles l’une à l’autre :

    Sans les conventions qui régissent le langage académique, la première section, intitulée ‘Esquisse d’analyse lexicale’, aurait tout aussi bien pu s’appeler ‘Les mots pour le dire’. Á l’origine de la recherche décrite dans ces chapitres il y a eu la conviction que, si une réflexion métalinguistique s’était développée de façon cohérente dans la tradition grammaticale indienne, cette réflexion avait sans nul doute laissé des traces au niveau lexical. Car on a toujours besoin de ‘mots pour le dire’, tout spécialement quand il s’agit d’explorer des domaines nouveaux. L’attention se portera donc sur les mots par lesquels les grammairiens pouvaient faire référence aux noms métalinguistiques, en premier lieu sur le mot saṁjñā et sur le réseau linguistique qui s’est construit autour de ce terme(14).

    La deuxième et la troisième section sont consacrées aux deux outils métalinguistiques principaux : la nomination, ou le fait d’appeler les formes linguistiques par des noms(15) et la citation, ou le fait de les nommer directement par leur forme(16). Plus spécifiquement, la deuxième section est consacrée à la nomination.

    Bien que la langue commune possède aussi des noms métalinguistiques, ceux-ci sont une des caractéristiques saillantes de la langue de la grammaire. L’instauration des noms dans la grammaire se fait par le biais d’un acte volontaire de modification du rapport entre une forme linguistique et son sens : c’est un aspect du langage technique en général qui n’a pas manqué d’éveiller l’attention des grammairiens, en particulier de Bhartṛhari.

    La troisième section porte sur la citation autonymique, lue comme un cas particulier de la nomination, où ‘forme qui signifie’ et ‘forme signifiée’ sont identiques. Réfléchir sur le pouvoir des noms de faire connaître leur forme, dans le domaine de la grammaire sanscrite, signifie avant tout, comme nous l’avons déjà souligné, réfléchir sur le sens du sūtra A 1. 1. 68. C’est dans cette dernière section que deviendra plus évidente la qualité novatrice de la réflexion de Bhartṛhari, le penseur qui travaille le plus en profondeur sur les deux mécanismes (nomination / citation), sur leurs différences spécifiques et sur les différents niveaux de langue qu’ils impliquent." (pp. 17-18)

    (14) Un ‘réseau linguistique’ identifie l’ensemble des termes liés à un terme donné par des rapports de subordination, d’opposition et ainsi de suite. Cette analyse lexicale a été conduite avec les instruments traditionnels de l’analyse lexicale par champs sémantiques, tout en utilisant parfois des méthodes onomasiologiques davantage liées à l’analyse des champs cognitifs. Cette façon de procéder semblait en effet respecter le statut un peu spécial du métalangage grammatical, un langage qui n’est pas artificiel et technique à tous les effets (et n’est donc pas analysable exclusivement à travers une approche onomasiologique) mais qui est certes en bonne partie de formation consciente et volontaire (et par conséquent différent des systèmes lexicaux de la langue commune).

    (15) Quand on nomme la forme linguistique jamais comme un ‘adverbe’.

    (16) Quand on cite la forme linguistique jamais par le mot autonyme ‘jamais’.

    [sūtra A 1. 1. 68: svaṁ rūpaṁ śabdasya åśabdasaṁjñā = A word other than one whicvh is a technical term ( saṁjñā ) of the grmmar denotes its form only. (Rama Nath Sharma, The Aṣṭādhyāyī of Pāṇini , New Delhi: Munshiram Manoharlal 1990, Volume II p. 68)

  7. Houben, Jan E. M. 2001. "Paradoxe et perspectivisme dans la philosophie de langage de Bhartṛhari : langage, pensée et réalité." Bulletin d'Études Indiennes no. 19:173-199.

    [Bhartṛhari's Perspectivism (6)].

    "Le grammairien-philosophe Bhartṛhari, qui vivait et travaillait en Inde au v• siècle de noire ère, traite de certains paradoxes auxquels il est confronté quand il discute de problèmes grnmmaticaux, linguistiques et philosophiques. Tandis qu'il est possible de comparer les déclarations de Bhartṛhari sur les paradoxes plus ou moins directement avec les premières assertions connues dans la tradition européenne - c'est-à-dire dans l'Antiquité -, son approche et celle des philosophes el logiciens modernes semblent deux mondes à part. Néanmoins, Bhartṛhari fournit des suggestions stimulantes et audacieuses aux penseurs modernes traitant des paradoxes. Dans l'oeuvre de Bhartṛhari aussi bien que dans les discussions de la tradition occidentale, les problèmes posés par les paradoxes concernent la relation entre le langage, la pensée et la realité." (p. 173)

  8. Montaut, Annie. 1990. "La tradition des grammairiens philosophes indiens : la notion d'objet dans la Grammaire de Bhartṛhari." Linx no. 23:19-38.

    "Le langage et la réflexion sur le langage a toujours été un sujet fondamental dans la philosophie indienne, elle-même ancrée dans son origine sur le rituel religieux : elle est le fondement notamment des écoles hindouistes de la mīmāṁsā (règles prescriptives relatives à l'interprétation du Veda) et du nyāya (logique), mais aussi un thème important de la réflexion philosophique du vedānla (littéralement "achèvement du Veda", avec le non dualisme de Śankara au VIlle siècle de notre ère) et de certains développements du boudhisme. Les histoires classiques de la philosophie indienne lui font donc la part belle, et plus récemment des travaux importants ont privilégié la réflexion proprement linguistique, sans la dissocier de la philosophie générale(1). La grammaire est une des sciences annexes du Veda (littéralement "un de ses membres" : vedāṅga ), et il arrive qu'on en fasse l'un des darśana ou "points de vue" ou écoles philosophiques classiques (c.a.d. hindouistes)." (p. 19)

    (1) David Seyford Ruegg, Contributions à l'histoire de la philosophie linguistique indienne , De Boccard, Paris, 1959, Kunjunni Raja, Indian Theories of Meaning , 1963, The Adyar Library and Research Center, Madras, Madeleine Biardeau, Théorie de la connaissance et philosophie de la parole dans le brahmanisme classique , Mouton, la Haye, 1964, (traductrice également du chapitre 1 de la grammaire de Bhartṛhari en français, De Boccard, 1964), et surtout K.A. Subramania Lyer, éditeur et traducteur de tous les volumes de la Grammaire de Bhartṛhari (I, II, III-2 chez Motilal Banarsidass, Delhi, III-l au Deccan College, Poona), et auteur de plusieurs études critiques, dont A Study of the Vâkyapadiya in the light of the ancient commentaries , Deccan College, Poona, 1969, et The Vākyapadīya : some problems , Bhandarkar Oriental Institute, Poona, Inde, 1982. Le récent livre de J.P. Staal, Universals : Studies in indian Logic and Linguistics, The University of Chicago Press, 1988, surtout la seconde partie, articule magistralement les problèmes spécifiques de la description et de la théorie linguistique chez Pāṇini surtout, la logique indienne classique, et la mise en perspective sur la version occidentale de semblables débats. Parmi les articles les plus synthétiques, indiquons "Sanscrit Philosophy of Language", J.F. Staal, C urrent trends in Linguistics, 5 Mouton, 1969, "La Grammaire sanscrite de Pāṇini", Pierre-Sylvain Filliozat (pp. 171-194), et 'Théories du langage en Inde", Madeleine Biardeau (pp. 1 13-144), dans La Traversée des signes , Seuil, Paris, 1975.